Nomade's land
10juin/10

Sur la route de la soie : l’Ouzbékistan

Par Armelle, Isabelle, Jean et Paul

28 mai
Notre passage de la frontière entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan a été « homérique » dans la mesure où nous nous sommes trouvés avec nos bagages dans un no man’s land que nous avons parcouru à pieds (20’) en longeant une file interminable de camions sous un soleil de plomb car il était 13heures et en fin de compte pour trouver la frontière Ouzbèque fermée pour cause de déjeuner… Grâce à l’intervention inventive de Oural, patron de l’agence locale et Farid notre chauffeur, nous avons pu contourner la difficulté car nous avions un diplomate parmi nous sans que nous le sachions. Efficace subterfuge car nous voilà en Ouzbékistan.
L’Ouzbékistan : un livre d’histoire ouvert sous nos yeux.

Nous voici maintenant installés dans les steppes de l’Asie Centrale, où la présence de l’eau transforme le monde minéral du désert en oasis, paradis végétal pour la population, les troupeaux et les voyageurs...

Nous avons franchi l’Amou Daria et nous sommes donc au-delà de l’Oxus c'est-à-dire en Transoxiane.

Nous ne citerons pas tous nos prédécesseurs mais, pour information, les Achéménides, Alexandre Le Grand, Marco Polo, Gengis Khan et Timour (Tamerlan) ont eux aussi particulièrement apprécié la région.

Si certains ont tout détruit sur leur passage, le monde musulman a implanté ici les merveilles de son architecture.

Qui n’a jamais rêvé de Boukhara et de Samarkand ?
Depuis notre départ, nous avons visité bon nombre de Mosquées, Caravansérails et autres Mausolées, néanmoins il nous a été impossible de rester indifférent devant le minaret Kalân de Boukhara (quand même épargné par le grand Khan «Terminator ») ou le Registan de Samarkand.

Inutile de paraphraser les guides : la carte de visite des villes suffit amplement, Boukhara « la Sainte » ou Samarkand, « la Grande » née il y a plus de 2750 ans.

Nous avons découvert là, un peuple accueillant, ouvert à l’étranger. Depuis notre arrivée nous nous sentons à l’aise dans ce pays qui devient de plus en plus touristique. Des compromis parfois si difficiles à trouver dans nos sociétés Européennes ont pu s’établir par les conditions politiques et économiques actuelles créant un équilibre entre un monde islamisé et une certaine émancipation de la femme.

Si depuis le début de notre voyage sur la fameuse «Seidestrassen » (route de la soie) de Ferdinand Von Richthofen nous avons perçu l’influence récente du monde occidental sur les pays visités, depuis le Turkménistan, nous constatons que les 150 ans de présence Russe ont modelé la vie quotidienne du pays. La vodka nous est plus familière que l’alphabet cyrillique
Notre guide Nouraly, conseiller scientifique sur des missions archéologiques, nous est précieux pour ne pas nous perdre dans les méandres de l’Histoire particulièrement dans cette partie du monde qui à fait et fait encore l’objet de tant de convoitises. Il est accompagné de Farid son fidèle assistant qui nous véhicule avec mérite et gentillesse sur des routes parfois très difficiles.

Après la parenthèse soviétique qui a supprimé la liberté de culte par la réaffectation civile des bâtiments religieux, il fut assez naturel, après l’indépendance, d’implanter le commerce de l’Artisanat à l’intérieur même de la Madrasa ou de la Mosquée locale.

Nous profitons pleinement de nos après midi de repos pour nous ressourcer dans l’environnement ombragé des maisons d’hôtes traditionnelles où nous sommes hébergés. Nous sommes désormais à mi-chemin de notre périple et reprenons un second souffle pour apprécier pleinement les merveilles qui nous attendent.

Nous avons fait la connaissance d’Hélène qui est tombée sous le charme de ce pays et qui a décidé de restaurer une ancienne demeure dans Boukhara et d’en faire des chambres d’hôtes. Personnage adorable, elle découvre les affres de la construction locale.

Nous avons eu la surprise de recevoir la visite d’ Issa Smatti, Responsable de l’Asie Centrale et Chine chez Nomade, en mission dans le secteur, porteur de trésor pour nous, nos passeports validés pour la Chine, ainsi que des fromages « Caprice des Dieux » et « vieux pané » et du pastis. Soirée très chaleureuse, partagée avec Oural le patron de l’agence locale.
Nous apprenons également que notre visa collectif pour la Kirghizie doit être établi sans problème.

2 juin
La présence de deux stupas au musée de Samarkand nous rappelle l’existence du Bouddhisme déjà rencontré au Turkménistan. Pendant les fouilles archéologiques de la ville de Merv, une tête en or de Bouddha a été découverte (elle se trouve au musée de St Petersburg). Sur la place du Registan (dite « la place de sable ») le portail de la madrasa Chir Dor porte une symbolique iconographique ésotérique qui selon certains pourrait avoir trait au Bouddhisme.

Avant de quitter Samarkand, nous ne pouvions pas quitter la région sans visiter Shakhrisabz, ville natale de Timur (Tamerlan). Les minibus n’étant pas autorisés à emprunter la route qui passe par un col de 1 700 m, nous nous y sommes rendus en taxis .Excellente journée tant sur le plan architectural que bien-être dans cette ville située aux pieds des montagnes.

L’hôtel Ouzbékistan à Tachkent nous accueille dans son architecture « soviéto-musulmane ». Si la capitale de L’Ouzbékistan ne regorge pas de monuments historiques, elle porte le témoignage de la présence soviétique avec ses larges avenues et des bâtiments gigantesques aux allures démesurées.

La circulation piétonne y est agréable et la verdure y occupe un espace considérable. Les déplacements dans cette ville de plus de 2,5 millions d’habitants se sont effectués en métro. Les photos y sont interdites, les stations ayant une fonction d’abris antinucléaires.

On constate dans Tachkent une omniprésence des forces de sécurité. Bien que beaucoup plus discrète qu’au Turkménistan, la vie politique du pays est dirigée de façon autocratique (particulièrement dans la vallée du Fergana) par le Président actuel bien que ce soit une « république démocratique et laïque ».

Après nos adieux à Farid, notre chauffeur, nous partons pour Marguilan. Nous traversons des régions montagneuses aux sommets enneigés, aux vallées verdoyantes nous rappelant nos alpages. Nous avons glané quelques informations sur le monde agricole local : le coton omniprésent et l’arboriculture (abricotiers, cerisiers, pommiers, pêchers …) occupent une place prépondérante.

L’hospitalité des habitants de l’Asie Centrale n’est pas un vain mot, chaque visite dans les vergers s’est terminée par une dégustation de la production familiale.

La vigne est fortement implantée sur l’ensemble du pays, pour une consommation en raisins de table ou raisins secs, en jus (remplace le vinaigre) mais rarement transformée en vin du fait de la présence de l’Islam. La dégustation du cépage local associé au Cabernet donne de bonnes qualités organoleptiques aux vins ouzbeks.

Cette partie de notre voyage ouzbek a donc été plus consacrée à l’approche de vie quotidienne qu’a la découverte de sites architecturaux.

Néanmoins, Nourali nous a réservé quelques visites de mausolées et de mosquées pour ne pas rompre avec la tradition du début de ce voyage !!! A défaut, il nous a entrainé dans la visite d’ateliers de céramiques traditionnelles et de majoliques (Richtan).

Notre « Route de la Soie » ne pouvait que passer par la fabrique nommée « Les Soieries Yodgorlik » dont le processus de fabrication employé relève des techniques ancestrales. Ce métier majoritairement occupé par des femmes s’avère difficile du fait des conditions de travail et malgré cela nous avons été reçus dans une ambiance chaleureuse et joyeuse.

La vallée de Fergana « à cheval » sur l’Ouzbékistan et le Kirghizstan, a souvent fait l’objet de mouvements contestataires qu’il est difficile d’évoquer encore aujourd’hui avec la population.
Afin de résoudre les tensions sociales liées au surpeuplement de cette région, la ville d’Asaka a été choisie pour des implantations industrielles telles que Daewoo et Chevrolet qui ont installé des chaînes de montages.

Notre compagnon de route, Emmanuel est devenu fan du modèle local « Damas » après l’avoir utilisé lors de nos déplacements.

Ce pays situé au cœur de « La route de la Soie » a été habitué de longue date au brassage et au métissage des hommes et des idées ; cela transparait aujourd’hui par la renaissance d’un sentiment religieux longtemps étouffé par la période soviétique.
Notre périple en Ouzbékistan s’achève.

Il nous a permis de découvrir un pays accueillant, une véritable perle du patrimoine mondial, avec des noms magiques tels que Boukhara, Samarkand…

Nous voilà à la frontière du Kirghizstan ; le moment est venu de dire au revoir et merci à Nourali, notre guide, qui nous a fait partager ses nombreuses connaissances.

A suivre...