Nomade's land
6août/10

Sur la route de la soie : la Chine

Par Armelle, Isabelle, Jean, Michèle et Paul

Nous voilà pris en charge dans le no m’s land par une nouvelle équipe : Salijan, notre guide d’origine Ouïgour, et Elil notre chauffeur. Après 200 Km de piste chaotique dans des montagnes aux couleurs somptueuses, de contrôles douaniers, de nombreux contrôles d’identité et un orage d’accueil, nous arrivons à Kashgar.

Cette oasis fait partie de la région autonome du Xinjiang (vaste territoire de 6 fois la France) et est un carrefour des routes de la soie (itinéraire nord et itinéraire sud). Kashgar est devenue une ville moderne importante et riche, grâce au commerce avec les frontaliers : Kirghizstan, Tadjikistan, Afghanistan et Pakistan. La population du Xinjiang est majoritairement Ouïgour, musulmans sunnites (8,2 millions pour 5,7millions de Hans).

La ville de Kashgar grouille d’activités, les bazars vendent à la criée, la foire aux bestiaux avec son ambiance à la fois sérieuse (négociations) et festive (repas) nous rappelle celle de Kirghizie. Tous les moyens de transport se croisent sur la route : l’âne et sa charrette, les vespas avec remorque, les camions, les voitures, tous chargés plus que de raison et tout cela parvient à passer, sans incident. Une prouesse !!!

Dans les vieux quartiers de Kashgar on assiste à la démolition de la vieille ville au profit d’immeubles plus résistants aux tremblements de terre. Il ne reste plus qu’un vieux quartier historique transformé en musée malgré la présence de la population. Nous avons oublié de vous dire !!! Notre équipe s’est agrandie d’une compagne, Michèle mais hélas, Emmanuel nous quitte pour poursuivre seul son voyage.

Nous poursuivons en prenant la route de Karakorum taillée dans la montagne. Paysages sublimes avec le massif de Koungur dont les cimes affleurent en permanence le ciel à 7 000 m d’altitude pour arriver au lac Karakul à 3 600 m d’altitude. Sa surface s’élève à 10 000 km2 et se trouve au pied du Muztagata (7 546 m). Hélas, les nuages nous en cachent la cime. La ballade autour du lac est un grand moment de paix et de sérénité tant les paysages sont beaux, la lumière propice aux photos qui ne seront jamais aussi belles que ce que l’on voit. Les paysages se succèdent, changent à chaque levée de nuages, le ciel est tout en relief. Magnifique, les superlatifs nous manquent. Nous dormons à nouveau dans les yourtes. Le poêle est indispensable le soir...

Nous prenons la route de la soie Nord entre la chaine du Tian Shan et le désert de Takla-Makan, en remontant le cours du Tarim, rivière importante pour l’irrigation de toute cette région. Nous nous dirigeons vers Aksu, ville de culture du coton et de céréales et Kuqa pour visiter les grottes de Kyzyl, les plus anciennes de l’art bouddhique.

Les fresques réputées être les plus belles de l’Asie Centrale (art Gandhara), nous laissent un peu désappointées malgré notre imaginaire, tant ces dernières sont dégradées et pour beaucoup inaccessibles (fermées ou réservées aux études de spécialistes). En effet, historiquement, beaucoup de prélèvements ont été effectués par des archéologues étrangers peu délicats, abimés par l’arrivée de l’Islam ou aucune représentation humaine n’était autorisée. Enfin, par la Révolution culturelle de Mao dont la seule religion était le parti.

Sur la route du retour vers Kuqa par le défilé de l’eau salée, nous effectuons une marche dans le Canyon Kyzyl Yar sur quelques kilomètres seulement car un orage s’annonce. Nous retrouvons ici aussi des lieux réservés au culte bouddhique d’aujourd’hui. Curieusement, on peut être à la fois, de religion musulmane, pratiquer des rites chamaniques ainsi que le culte bouddhique. Merveilleuse alchimie !!! Magnifique parcours dans les montagnes rouges où un chinois nous arrête pour que nous trouvions la forme d’un tigre dans la sculpture de la roche. Moment amusant et chaleureux.

Notre guide Salijan toujours soucieux de notre bien être nous a réservé une surprise en nous emmenant diner dans un jardin botanique. Cadre végétal grandiose, repas succulent, ambiance chaleureuse. Merci Salijan.
Avant de quitter Kuqa, nous visitons la deuxième mosquée d’Asie de part sa capacité (10 000 fidèles peuvent s’y rassembler). Nous poursuivons la route pour Korla en traversant le désert de Takla-Makan, vastes champs de puits de pétrole alternés par des plantations irriguées de peupliers, vignes et arbres fruitiers. La température augmente, la route ressemble à une piste car beaucoup de travaux sont en cours et énormément de camions empruntent cette route. Paysages très plats à perte de vue, animés seulement par les puits de pétrole. Nous arrivons enfin à Korla sous une chaleur terrible. L’oasis s’est transformée en une ville très moderne et riche du fait du pétrole. Le soir, la place du Peuple s’anime, les gens dansent, font du roller, prennent le frais (relatif !).

Turfan, pays du feu et du vent, cité du raisin (centaine de sortes). Turfan est à 154 m en dessous du niveau de la mer, d’où la chaleur intense. Cette ville était une étape vitale pour les caravanes de la route de la Soie. La gestion de l’eau est majeure pour Turfan qui doit sa survie aux karez qui existent depuis plus de 2 000 ans. Ce système d’irrigation est apparu tout d’abord en Perse (kanats), la technique a été véhiculée par la route de la soie.

Malgré la chaleur écrasante, visite du minaret du sultan Emin (44 m) et du Palais de l’Empereur, très belle architecture et mobilier d’époque (18e) De là, nous dominons la campagne et avons une vue sur les séchoirs à raisins, magnifiques œuvres ajourées en briques crues.

Les grottes des mille Bouddhas de Bezeklik (« le lieu aux peintures ») au cœur des montagnes flamboyantes, sont creusées dans le flanc de la petite gorge de la rivière Murtuk. Sur les 64 sanctuaires rupestres restants, nous ne pouvons en visiter que quelques uns, qui paraissent très dégradés et une partie des peintures sont au musée indien de Berlin. Les moines avaient leur logement au bord de la rivière et cultivaient un petit jardin.
Nous visitons la nécropole d’Astana. Cette dernière a été utilisée sans discontinuer du IV au Xe siècles. Sur les 350 tombes fouillées, seulement trois sont visibles. Nous descendons dans les tombes peintes ; l’une représente les vertus confucéennes, l’autre des oiseaux, la dernière abrite un couple de momies dont l’homme a une pièce de monnaie Perse dans la bouche.

Gaochang, est un ancien haut lieu monastique. Royaume de Kharakhoja d’une surface de 100 000m2 où palais, édifices civils et religieux se succédaient. Protégés par 70 tours et deux enceintes intérieures, ce site est monumental. Nous parcourons cette ville abandonnée sous un soleil de plomb avec le concours d’un âne et de sa carriole. Il est midi la lumière est forte. Le site est impressionnant par sa taille et les restes des différents temples. Ils semblent qu’a cette époque le Bouddhisme, le Manichéisme et le Nestorianisme étaient pratiqués sans discrimination.

Nous déjeunons chez l’habitant dans le village Mazar, l’un des plus anciens villages Ouïgours, Toyuq, haut lieu de pèlerinage de l’Islam. Un voyage à la Mosquée des « sept dormants » est considéré comme égal à la moitié d’un voyage à la Mecque. Ceux qui s’y rendent reçoivent le titre de « demi adge ».

Traversée des steppes mongoles de Balikum. Nous longeons le désert de Gobie pour atteindre le lac Barkol où nous ne pouvons rester puisque tout campement est désormais interdit par les autorités. Nous y retournerons le lendemain matin sous une pluie battante. La population y est majoritairement d’origine kazak. Notre guide Salijan nous vante la Suisse du Xinjiang. Il est vrai que les paysages sont très verdoyants. Nous poursuivons pour rejoindre Hami, la ville des melons. A l’entrée de la ville nous visitons une des tours de guet qui jalonnaient la route pour en assurer la sécurité.

Nous quittons la région autonome du Xinjiang pour la province du Gansu en direction de Dunhuang. Nous sommes à l’extrémité ouest du désert de Gobi, sur des routes défoncées, avec une circulation intense de camions surchargés, aux paysages tourmentés, arides, sombres et minérales. A l’arrivée de Dunhuang nous apercevons des ruines de la Grande muraille. Après huit heures de route épuisante, nous sommes enfin arrivés par la « route de la paix » (nouvelle appellation).

Nous faisons nos adieux à nos compagnons de route Salijan et Elil qui doivent faire repartir dans la même journée. Merci à vous qui avez su nous faire partager l’amour de votre pays et de vos origines ainsi que pour les multiples attentions dont nous avons fait l’objet.

Pour deux jours à Dunhuang, nous avons une guide du nom de Jeanne (traduit pour nous), qui va nous accompagner dans la visite des sanctuaires rupestres de Mogao dit « la Sixtine du Bouddhisme ». Le soir nous allons voir le coucher de soleil sur les « dunes chantantes » et le lac de la Lune. Les dunes de sable de 250 m de haut surplombent le petit lac. Elles s’étalent sur 40 km de long sur 20 km de large. Ce site légendaire a été transformé en un parc d’attraction pour la population qui vient y faire de la luge, du chameau, du quad etc. Rien de très « nature ». Dommage, le site est beau.

Tôt le matin, nous partons pour les grottes de Mogao ou grottes des « Mille Bouddha ». Notre excitation est grande à l’idée de voir le grand Bouddha de 36 m de haut. Situé en bordure du désert de Gobi, le site s’ouvre dans la falaise sur une longueur de 1 600 m où se trouvent 492 grottes excavées sur trois ou cinq niveaux. Nous n’en visiterons que quelques unes couvrant les différentes périodes du Bouddhisme chinois (IV au XIVe siècle), et les différents courants artistiques venus de l’Inde, du monde iranien, de la Chine de Confucius et du Tibet, véhiculés par les échanges de la route de la soie. Ce site est majeur pour l’art Bouddhiste. Nous découvrons ces peintures et statuaires avec grand intérêt, tant la qualité et la conservation des grottes visitées nous fournissent la possibilité de voir l’évolution des styles et des influences liées à la circulation des idées et des savoirs, dans cette région de la Chine.

Nous nous apprêtons maintenant à quitter cette région : nous allons prendre l’avion, premier et seul vol intérieur de notre périple, pour nous rendre à Lanzhou.

A suivre…